« As-tu déjà remercié les pierres ? »
C’est avec cette question, inspirée d’une réplique célèbre du film La Belle Verte, que je souhaite ouvrir une réflexion en clé bouldering. L’occasion vient de mon retour du Melloblocco 2025, l’un des rendez-vous les plus significatifs du paysage national et international de l’escalade sur blocs. Un événement qui, chaque année, réunit une communauté toujours plus large de passionnés, attirés par les valeurs essentielles de cette discipline : le contact direct avec la nature, l’immédiateté de l’expérience, et cette inclination spontanée au partage qui transforme chaque sortie en une aventure collective, entre amis et compagnons de route. C’est justement cette essence du bouldering qui a favorisé au fil du temps la naissance d’initiatives riches en rencontres et en échanges : un carrefour de visions, de personnes, d’entreprises et d’approches différentes du rocher — le tout uni par l’envie d’être ensemble et de célébrer quelque chose.
Mais que célébrons-nous exactement ?
Comme le rappelle Maximiliano Piazza — ouvreur de l’événement — dans une intervention récente sur le site officiel de la manifestation, où il définit le Melloblocco comme « un lien entre le passé et le présent, entre ceux qui grimpaient par intuition et ceux qui, aujourd’hui, affrontent les blocs avec passion et conscience. [...] Ceux qui grimpent encore aujourd’hui sur ces rochers accomplissent inconsciemment un geste ancien. Le bloc d’autrefois n’est pas mort : il vit dans chaque ligne tracée avec respect, dans chaque montée silencieuse, dans chaque chute et chaque fois que nous nous relevons et réessayons. »

Ce lien prend forme, plus que jamais, dans la roche du Melloblocco, où cohabitent la dimension sportive de la compétition et l’esprit communautaire du rassemblement. Nous aussi, chez Brazz, avons eu l’occasion d’aborder des thèmes profonds et souvent négligés, grâce à un espace de dialogue ouvert à tous les bloqueurs présents, organisé en collaboration avec La Sportiva. Nous les avons appelés Mellotalks : un petit salon informel où des voix reconnues comme James Pearson, Caroline Ciavaldini, Alessandro Palma, Siara Fabbri, Simone Tentori et Davide Bassotto ont apporté des réflexions allant au-delà des distinctions habituelles entre styles et disciplines. Il en est ressorti une vision de l’escalade sportive plus consciente, qui a besoin d’embrasser la mémoire de ses origines, d’en célébrer les conquêtes et d’en reconnaître la valeur dans un développement plus vaste, plus mûr, plus sensible.

Aujourd’hui plus que jamais, le bloc demande un double regard : d’un côté attentif aux chiffres, à l’inclusivité des initiatives et à l’aspect festif — et précieux — des événements ; de l’autre, capable de retrouver les fondements, ce qui rend cette discipline si authentique, si profondément humaine. Et ici, au Melloblocco, tout cela prend vie dans un système de vallées où villages, activités, groupes, associations et familles ont — consciemment ou non — choisi d’entrelacer leur histoire avec celle des pierres. Ces blocs ni trop petits ni gigantesques, mais juste à la bonne taille pour incarner un défi, un “problème” à résoudre.

Et tout comme ces blocs, la vie propose aussi des obstacles qui mènent à des choix hors normes, souvent à contre-courant, difficiles à comprendre sur le moment. Mais il suffit qu’une personne — la première — atteigne le sommet, et tout le parcours prend soudainement un sens. Et peut-être inspire-t-elle d’autres, qui ne savent pas vraiment pourquoi ils sont là, mais qui, en attendant, vivent un moment, une expérience, une sensation autrement inaccessible. Tout cela… grâce aux pierres. À quelque chose qui, au premier regard, semble sans valeur dans notre monde frénétique. Quelque chose qu’on aurait tendance à écarter pour faciliter le chemin. Et pourtant, regarde combien d’énergie, d’émotions, de réflexion et de dialogue elles suscitent. Aujourd’hui, en cette année 2025.
Alors je le redemande : as-tu déjà remercié les pierres ?

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